Le livret

Acte I

Scène 1 – Noayes reçoit

Le chœur :

C’est une journée délicieuse,
Les jardins sont magnifiques
Et les gens fort sympathiques
Nous avons l’âme joyeuse


Un après midi, au cours d’une réception mondaine donnée dans le parc de son domaine, Le Marquis François Xavier de Noayes accueille ses invités. Il est âgé d’une cinquantaine d’année et n’est pas d’un vraiment physique plaisant.
Il salue chaleureusement un couple qui vient d’entrer et qui est formé du Comte Bertrand de Villefort et de sa fille Louise, qu’il complimente vivement pour sa beauté.

Villefort

Cher ami.

Noayes

Chers Amis
Bien que ces moments soient trop rares
C’est toujours un plaisir que de vous recevoir.

Villefort

Le plaisir est partagé.
Voici Louise ma fille ainée
Mais, vous qui l’avez pratiquement vu naître
Vous avez dû la reconnaître.

Noayes

Mais je suis bouleversé
Car  moi qui l’ait pratiquement vu naître
J’avoue ne pas la reconnaître.
Tant les années l’ont  métamorphosée

Noayes

Mais mon ami vous m’aviez caché vos talents.

Villefort

Mes talents ?

Noayes

Vous êtes un véritable artiste

Villefort

Un artiste ?

Noayes

Que dis-je, un génie

Villefort

Un génie ?

Noayes

Un artiste qui a du génie

Villefort

Mais Monsieur de qui parlez-vous ?

Noayes

Mais enfin, Il n’y a qu’un génie
Qui puisse être à l’origine
D’une telle création
Qui frise la perfection
Oui c’est de vous que je parle,  mon ami
et devant votre chef d’œuvre  je m’incline (il fait une révérence)

Villefort

Allons, allons
Mon cher marquis
Vous nous gênez.

Le chœur

C’est une journée délicieuse,
Les jardins sont magnifiques

Louise aperçoit au loin son amie.

Louise

Père, j’aperçois là-bas, à l’entrée du salon
Mon amie.
Prendriez-vous ombrage, si je rejoins Manon
Et vous fausse compagnie ?

Villefort

Allez mon enfant, allez
Nous ouvrons votre cage
Et  vous laissons voler
Vers les jeunes gens de votre âge

Louise se dirige  vers Manon.

Les chœurs
Allez mon enfant, allez
Nous ouvrons votre cage
Et  vous laissons voler
Vers les jeunes gens de votre âge
Allez mon enfant, allez

Noayes

Si j’osais

Villefort


Oui ?

Noayes

Vous livrer
Le fond de ma pensée

Villefort

Je vous en prie
Parlez  

Scène 2  –  la demande en mariage de Noayes

Noayes

Il me semble qu’il est un temps
Où un père doit songer
A laisser son enfant
Quitter le nid
Il n’est plus l’homme de sa vie
Il se doit à présent
De lui trouver un mari
Sans omettre le bien-être
de sa fille
Tout en préservant l’intérêt
de sa famille
Vous cherchez un homme sérieux
et prospère
Vous l’avez devant les yeux 
Je réponds à ces critères
Monsieur de Villefort,  j’ai l’honneur
de vous demander la main de Louise.
Je m’engage à faire son bonheur
Elle sera une très grande Marquise.

Villefort

Pardonnez ma réaction
Mais je ne m’attendais pas
A une telle déclaration
Elle me laisse pantois
Permettez que je précise
A voix haute vos préceptes
Je devrais marier Louise
En préservant son bien-être
Si je vous suis à la lettre
Pour devenir un bon père
Il faut  que je m’enquière
Des sentiments qui l’animent
Afin de vous faire connaître
Notre décision ultime

Noayes

Mais depuis quand concerne nos enfants
l’avenir que choisissent, dans leurs meilleurs intérêts, 
leurs parents ?
Avez-vous songé,
Vous offririez ainsi à votre descendance
Des terres et des titres dont vous ne devez négligence

Villefort

Je n’en rejette pas l’idée.
Je vais lui en parler
Accordez-nous un peu de  temps
Pour décider sereinement

Scène 3 – Louise retrouve ses amies

Louise rejoint son groupe d’amies composé de Manon et d’une jeune fille plus âgée prénommée  Apolline.

Manon

Ah Louise
Mais qu’avez-vous ?
Vous êtes toute pâle

Louise

Cet homme me donne la nausée


Manon


Qui ça ?

Louise


Son regard retourne les entrailles

Manon


Mais qui ?

Louise

Mais le marquis de Noayes

Apolline 

Ah ce vieux vicieux

Louise

Avez-vous vu ses yeux

Manon

Et son ventre ?

Apolline 

On dit avoir les yeux
Plus gros que le ventre.

Louise

Mais chez lui c’est tout le contraire
A force de dévorer de son regard pervers
Toutes les femmes qui croisent son chemin
Il risque d’éclater son  intestin

Manon

Et son front tout perlé de sueur ?

Louise

Il a du mal à digérer
C’est ce qui le fait transpirer


Apolline

Allons, allons, mes amies
Profitons de la vie
C’est une journée délicieuse
Les jardins sont magnifiques
Et les gens fort sympathiques
Laissons nos âmes joyeuses

Toutes les 3 + Chœurs

C’est une journée délicieuse
Les jardins sont magnifiques
Et les gens fort sympathiques
Laissons nos âmes joyeuses  

Scène 4 – Philippe rencontre Noayes

Ce groupe est emmené par  le comte Jean Baptiste de Valancière
et le Marquis Philippe Baguy de Puyvallée.

Philippe Bagy de Puyvallée, un jeune aristocrate, beau, insolent et impétueux.
Le genre à collectionner les conquêtes. Rien ne lui résiste.

Il est toujours prêt à relever un défi.

Ils croisent leur hôte  le marquis François Xavier de Noayes.
Jean Baptiste de Valancière, est le trait d’union entre Noayes  et Philippe.
Il les présente.

Jean Baptiste

Ah monsieur De Noayes
Permettez-moi de vous présenter
Cet ami qui vient de Versailles
le Marquis Philippe Baguy  de Puyvallée.

Noayes

Le fameux Marquis
Philippe Baguy de Puyvallée.
Je suis très honoré.

Philippe

Monsieur tout cet honneur est pour moi.

Noayes

Je me suis laissé dire que vous étiez,
comme moi, un très grand amateur
mais qui,  à votre niveau,
devient professionnel.


Philippe

Un très grand amateur ?

Noayes

Un très grand amateur de jeux.

Philippe

Je dirai plutôt amateur de sensations fortes.

Noayes

Et bien demain soir j’ai organisé
Chez moi une partie de brelan
Et je serais des plus flattés
De me mesurer à votre talent
Bien sûr Monsieur de Valancière
sera de la partie
vous seriez, je l’espère,
en bonne compagnie

Philippe

Et bien Monsieur
c’est avec joie
que  j’accepte votre invitation
Je viens d’arriver dans la région
Avec l’intention de m’y fixer
Mais pour quelqu’un qui
passait à la Cour toutes ses nuits
Je redoutais un peu que me gagne l’ennui
Bien sûr Jean Baptiste sera mon compagnon

Noayes

Et bien soit,
A demain

Philippe

A demain


Scène 5 – L’éventail

Apolline apercevant au loin un groupe de jeunes filles dont l’une manipule son éventail comme un sémaphore, demande à Louise
et Manon si elles connaissent le langage des éventails ?

Apolline

Vous voyez là-bas
cette dame en rouge
qui se cache le visage
derrière son éventail ?

Louise et Manon

Oui nous la voyons
Oui nous la voyons

Apolline

Mais pourquoi se cache-t-elle
Le visage ?

Louise et Manon

Nous ne le savons
Nous ne le savons

Apolline

Ouvrez un peu les yeux
Et vous comprendrez
qu’on a détourné
l’usage
de cet accessoire
magnifiquement  décoré
qui nous vient des très lointains rivages
Bien qu’il soit  confectionné
Pour rafraichir vos visages
De très discrets messages
car bien manipulé
Il devient un langage
Que je vais
vous enseigner
Le poser immobile sur la joue droite , vous signifiez : Oui
Le poser immobile sur la joue gauche, vous signifiez : Non.
Cacher ses yeux ou son visage, vous déclarez : je t’aime
L’abaisser fermé vers le sol , vous confessez : je vous méprise

Louise et Manon

Le poser immobile sur la joue droite
Le poser immobile sur la joue gauche
Nous signifions : Oui
Nous signifions : Non.
Cacher ses yeux ou son visage
L’abaisser fermé vers le sol
Nous déclarons : je t’aime
Nous confessons : je te méprise

Apolline

Le poser sur les lèvres ,vous demandez : Embrasse-moi.
Le porter ouvert dans la main gauche , vous invitez : Venez me parler
Bailler derrière : va-t’en, tu m’ennuies
Le laisser ouvert et immobile : Attendez-moi.

Louise et Manon

Sur les lèvres le poser : Embrasse-moi.
Ouvert main gauche  le porter : Viens me parler
Derrière bailler : Va-t’en, tu m’ennuies
Immobile  et ouvert le laisser : Attendez-moi.

Apolline

Le proposer  : Tu me plais beaucoup
Le faire tournoyer dans la main gauche : Nous sommes surveillés
S’éventer lentement  : Je suis mariée
S’éventer rapidement : Je suis fiancée

Apolline

Allez mes Demoiselles
Interrogation surprise
Qu’exprimait la dame en rouge ?

Louise et Manon

Cacher ses yeux ou son visage , vous déclarez : je t’aime

Apolline

Mais c’est parfait
Vous pouvez rangez vos affaires
La leçon est finie
Du moins pour aujourd’hui.

Scène 6 – Le pari est lancé

Philippe est un joueur dans l’âme, quel que soit le domaine.
D’ailleurs ils se lancent des paris stupides pour égayer un peu leur après-midi.
Alors qu’ils arrivent vers le groupe des trois jeunes demoiselles,

Philippe parie un écu à son ami Jean Baptiste, qu’il se fera offrir
une des plumes du chapeau que l’une d’elles porte sur sa coiffe.

Philippe

Messieurs je propose de nous amuser un peu
Et pour cela  il n’y a rien de mieux
qu’un petit  numéro d’illusionniste
Voyez-vous  cette jeune femme
Mon cher Jean Baptiste ?
Celle qui porte  un chapeau à plumes
Je vous parie un écu
Qu’elle va m’en offrir au moins une

Jean Baptiste

Un écu ?

Philippe

Un écu !

Jean Baptiste

Pari tenu

Ils s’approchent des demoiselles, en entonnant

Je te plumerai la  tête
Je te plumerai la  tête
Alouette,
Alouette,
Alouette
Je m’avance lentement
Et j’engage
La conversation.

Scène 7 – Le pari est gagné

Philippe

Ces Demoiselles sont-elles joueuses ?

Comtesse de Montpessis

A qui avons-nous l’honneur

Philippe

Pardonnez mon impolitesse
Philippe de Baguy de Puyvallée

Comtesse de Montpessis

Comtesse de Montpessis

Philippe

Eh bien Chère Comtesse
J’avais dans l’idée
De vous amuser
Avec un tour de magie
Qui pourrait aussi
Vous enrichir d’une pièce
Si vous gagnez

Comtesse de Montpessis

Jeune homme vous m’intriguez

Philippe

Je vais cacher un écu
dans l’une de mes mains.
Devinez laquelle
Et elle sera vôtre
En revanche
Si vous vous trompez
Je me verrai obligé
De vous demander
Une plume de votre chapeau


S’adressant à ses amies



Comtesse de Montpessis

Ce jeune homme est fou
Plus on est de fous,
plus on rit
J’accepte ce pari.

Philippe

Quelle main ?

Comtesse de Montpessis

La gauche ?

Philippe

Perdue

Comtesse de Montpessis

Je vous offre ma plume

Philippe

Sans rancune

Comtesse de Montpessis

Sans rancune 

Scène 8 – Philippe rencontre Louise

Le groupe de Philippe continue sa promenade et soudain, Henri de Belziac (l’un des 3 compères) reconnaît dans le groupe de Manon, Louise sa cousine.
Il emmène ses amis vers elle.
Il fait les présentations

Philippe

C’est une journée délicieuse
Les jardins sont magnifiques
Poursuivons notre promenade,
Sur ce  joli chemin fleuri
Approchons nous d’un peu plus près
Pour apprécier ce beau bouquet (ils parlent des jeunes filles)

Henri

Mais j’aperçois là,
ma cousine
Mais que fait-t-elle ici ?

Manon

Mes amies,
Nous  sommes à portée de fusil
Car je vois devant nous approcher  les chasseurs

Louise

Mais c’est Henri
Mon cousin détestable et détesté
Mais il est trop tard pour se cacher

Henri

Louise !
Vous ici ?

Louise

Oui !
J’accompagne mon père

Philippe est touché par la beauté et la classe de Louise

Philippe

Les amis
Je ne peux pas ouvrir les paupières
Ebloui,
Aveuglé par l’intense lumière
On ne peut  
S’approcher du soleil
Sans risquer
De se brûler les ailes
et pourtant Madame
Il me faut vous parler
Quitte à périr
au milieu de vos flammes

Louise

Pardonnez-moi
Mais ça ne prend pas
En tous les cas
Pas avec moi
Désolé, mais je n’ai nulle intention
De succomber
A votre jeu de séduction
Cessons d’inutiles politesses
Je vous ai vu là-bas
Auprès de la Comtesse
Je ne tiens pas
à me faire plumer
voir même déplumée

Philippe

Touché !

Louise

Désolé Henri,
Mais nous étions
Avec mes amies
En grande conversation

Henri

Excusez, notre intrusion
Peut être plus tard,  nous nous reverrons

Philippe

Au plaisir de vous revoir

Louise

Au revoir


Blessé dans son orgueil et brocardés par ses amis,
Philippe n’a plus qu’un désir gagner ce défi.
Elle devient son nouvel et unique objectif.

Jean Baptiste

Philippe
on ne peut pas toujours gagner
Mais ce qui me fait enrager
C’est que c’est maintenant que j’aurais dû parier

Henri

ha, ha, ha, ha, ha

Jean Baptiste

ha, ha, ha, ha, ha

Philippe

Mais il n’est pas trop tard
Mes amis
Riez,
Raillez
Pariez
Et re-pariez
J’ai perdu une bataille
Mais pas la guerre
Henri
Présentez moi son père

 Scène 9 – La demande en mariage de Philippe

Henri

Mon Oncle !

Villefort

Henri ! 
Ça fait longtemps !

Henri

Ça fait deux ans !

Villefort

Deux ans,
Déjà 
Que nous sommes fâchés
Mon frère
Et moi
Enfin,
Vous n’y êtes pour rien
Ne gâchons pas cet instant
Qui , de nouveau
Nous réunit.

Henri

Mon Oncle,
Voici mon ami
Le marquis
Philippe Baguy
De Puyvallée
Il souhaiterait vous entretenir
d’une affaire des plus importantes
A ses dires

Villefort

Diable !
Monsieur le marquis
Je suis tout ouïe

Henri

Politesse et discrétion
sont l’apanage
d’une bonne éducation
Je m’éclipse sur la pointe des pieds
Et vous laisse converser.

Villefort

A plus tard
Mon neveu   

Philippe

Monsieur
Connaissez-vous le domaine de Puyvallées ?

Villefort

Bien sûr !

Philippe

Je vais m’y installer
Je viens d’en hériter
Mon père est décédé
il y a un mois
Et je viens de quitter
la Cour du Roi
Cet héritage
m’a fait réfléchir
Je prends de l’âge
Et devrais m’établir
et penser à construire
ma famille
Et c’est de ça
que je voulais vous entretenir
J’ai rencontré votre fille

Villefort   

Ma fille !

Philippe

J’en suis encore tout bouleversé
Et  l’amour prenant possession
Du plus profond de  mon être
Vient en moi de faire naitre
Une noble et nouvelle ambition
Je sais Monsieur
Combien Louise et vous
êtes attachés
Votre neveu me l’a confié
Néanmoins 
Il me semble qu’il est un temps
Où un père doit songer
A laisser son enfant
Quitter le nid
Et lui choisir un mari

Villefort (vers le public)

C’est étrange
J’ai déjà vécu cette scène
Aujourd’hui

Philippe

Que dites-vous ?

Villefort     

Non, rien, poursuivez, je vous en prie

Philippe et Villefort

Vous chercherez un homme sérieux
et prospère
Vous l’avez devant les yeux 
Je réponds à ces critères

Philippe

Monsieur Villefort,  j’ai l’honneur
de vous demander la main de Louise.
Je m’engage à faire son bonheur
Elle sera une très grande marquise

Scène 10  – Villefort et Louise

Bertrand Villefort annonce à sa fille la demande en Mariage formulée
par le Comte François Xavier de Noayes.
Louise est  terrassée par cette annonce.
Villefort lui propose une alternative en évoquant la 2eme demande en mariage formulée par Philippe Baguy de Puyvallée.
Il lui fait comprendre qu’à titres et terres équivalentes ;

autant choisir le plus jeune et le plus beau …
Mais peut-être  préfère-t-elle  le couvent ?

Villefort

Ma fille !

Louise

Père !

Villefort

Avez-vous passé
une douce journée ?

Louise

Oui,
Très douce


Villefort

De loin, je vous ai observée
de loin
De loin et avec du recul
Ce n’est pas un pléonasme
Ce n’est pas une formule
De loin, je vous ai observée
de loin
De loin, je vous ai observée
Et j’ai senti en moi monter
Des larmes

Louise

Des larmes !
Mais Père,
Moi qui vous aime de toute  mon âme
Qu’ai-je bien pu faire
Pour vous  blesser
Au point de vous tirer des larmes ?

Villefort

Rien ma fille
Vous n’y êtes pour rien
Depuis la mort de votre mère
Ma Regrettée, ma Tendre et Chère
Nous nous sommes beaucoup rapprochés
C’était pour mieux nous consoler
Mais trop près pour être lucide
Et admettre que ma chrysalide
Est devenue un papillon
Prêt à voler loin du cocon.
Oui  j’ai soudain réalisé
Combien je me cachais la face
pour ne pas vous voir grandir
Occultant le temps qui passe
De loin, je vous ai observée
Et vu au cours de cette journée
Des hommes autour de vous tourner
Et vous voir telle que vous étiez
Et plus comme que je vous voyais
Ils vous voient telle
Une  jeune femme belle
Désirable et désirée
C’est un fait, il me faut l’accepter
Accepter de vous voir partir
et de ne plus vous faire ombrage
Vous devez songer à l’avenir
Et consentir à ce mariage

Louise

Ce  mariage ?

Villefort

On m’a demandé votre main
Et accepter serait bien sage

Louise 

Une demande en mariage ?
Mais de qui ?

Villefort

Le marquis de Noayes
Louise
Une demande en mariage ?              
De cet odieux personnage !
Plutôt rentrer dans les ordres
Que d’épouser cet ogre

Villefort

Ma fille vous seriez à l’abri 
Pour le restant de votre vie

Louise

Mais pourquoi
Cette décision soudaine ?
Dites-moi
Il faudrait que je comprenne
Pourquoi
Vous qui m’avez aimée
et élevée
Vous me chassez de chez nous
Je ne vous reconnais pas
Ce n’est plus vous
Je vous en prie expliquez moi

Villefort

Depuis cette guerre en Amérique
Je suis écrasé par l’impôt
Nous sommes au bord de la faillite
Merci Necker, Merci Turgot
Pour nous sortir de la débâcle
Dans laquelle nous nous enfoncions
Il nous fallait croire aux miracles
Et aujourd’hui deux occasions
Inespérées
Vont peut-être nous sauver
Si vous consentez à vous marier

Louise

Deux occasions ?

Villefort

Louise, la chance vous sourit
Ce n’est pas une mais deux demandes
Que j’ai eues pour vous aujourd’hui
Ainsi Il vous faudra choisir
entre deux prétendants
Dont l’un serait moins pire
Que finir sa vie au couvent

Louise

Et dans les bras de quel autre homme
êtes-vous en train de me pousser

Villefort

Philippe Baguy de Puyvallée
Ce marquis nous vient de la Cour

Louise

Pour mieux régner sur une basse-cour
pou pou pou pou pou pou
pou pou pou pou pou pou

Villefort

C’est une opportunité qu’il faut saisir
Bien sûr sans vous faire trop souffrir
Je peux comprendre votre dégoût
pour le Marquis de Noayes 
Mais consentir à épouser
Philippe Baguy de Puyvallée
C’est choisir le meilleur époux
Et aussi sortir de la crise
En devenant une marquise.

Louise

Non, non
Je ne peux pas
C’est impossible

Villefort / Louise (duo)

Mais je ne veux pas

J’en ai décidé ainsi
Je suis votre père
Vous devez m’obéir
C’est ma volonté
Entre deux marquis
Deux personnes de qualité
Il vous faut
Choisir

Non je ne veux pas
Non je ne peux pas
Rien n’est vrai
Je vais me réveiller
De ce cauchemar

Mon enfant faites confiance

Mais je ne rêve pas
Je dois faire ce choix


Je suis votre père
Et je veux votre bien


Sacrifier

Je suis persuadé
Qu’un jour très prochain

ma vie et renoncer

Vous allez me remercier

A mon bonheur

Quel est votre choix ?

Ce n’est pas mon choix
Mais si telle en est ma destinée
Philippe De Puyvallées

Scène 11 – Le mariage

Philippe ( haut loin voix avec réverbe)


riez
raillez
et re-pariez
Rira bien qui rira le dernier

Louise

J’ai envie de pleurer

Philippe 

Je jubile

Louise

Cette danse
Me torture
Je dois le masquer
faire bonne figure
Car il  faut sauver
Les apparences

Le chœur

Comme ils sont charmants
Ils ont tout pour eux
La jeunesse, la beauté et l’argent
Il reste qu’à leur souhaiter
Santé et prospérité
Qu’ils restent amoureux longtemps
Et qu’ils aient beaucoup d’enfants


Acte II

Prélude – Scène 1

Philippe est attablé à une table de jeu.
Des femmes en tenues légères tournent autour des joueurs.
L’ambiance est plutôt libertine

Le plateau contenant cette scène pivote légèrement dans le sens des aiguilles d’une montre de façon à ne plus occuper que la partie gauche de la scène.
Puis la lumière éclairant cette partie fond progressivement vers le noir, tandis qu’au contraire, la partie droite sort progressivement de la pénombre

et laisse apparaître Louise.
Elle est seule et triste. Elle semble tuer l’ennui en faisant de la borderie

Puis son côté plonge progressivement dans la pénombre, tandis que réapparait Philippe, portant d’autres vêtements, dans un autre décor tout aussi libertin,
avec d’autres femmes

Puis le plateau tourne à nouveau dans le même sens, le faisant disparaître progressivement de la scène, alors que Louise occupe à présent l’ensemble du plateau.
Elle apparaît vêtue différemment.

Cette scène cherche à montrer que les jours passent et se ressemblent.
Philippe n’est jamais chez lui, et partage son temps entre le jeu et le libertinage, tandis que Louise se morfond, seule, chez elle.

Scène 2 – Manon invite Louise

Manon de Monteront, l’amie intime de Louise, vient s’enquérir
de la santé de Louise qui vit recluse depuis son mariage.
Elle trouve Louise dans un état de tristesse profonde.

Elle n’a envie de rien. Surtout pas d’aller s’amuser dans le monde.
Manon convainque Louise de relever la tête et d’avancer.
Elle donne une réception pour fêter le retour du marquis Charles Ligeac de Vigonde, l’ami de son frère Emilien, qui revient du nouveau monde,

où il est allé combattre au côté du Générale La Fayette
Louise finit par accepter l’invitation.

Jeanne

Madame,

Louise

Ah, Jeanne
Vous m’avez fait peur
J’étais perdue dans mes pensées

Jeanne

Que Madame me pardonne,
J’étais venue prévenir Madame
Que son amie Madame de Monteront,
Vient rendre visite à Madame

Louise

Ah, merci
Faites-la entrer
Je vous en prie

Manon

Louise

Louise

Bonjour Manon

Manon

On devrait plutôt se dire bonsoir,
Louise,  car en ce début de soirée
Il fait déjà tout noir
Dans cet automne bien avancé
Mon inquiétude n’est pas vaine
Vous perdez la notion du temps
Et votre absence depuis des semaines
Envoie un signe plus qu’alarmant
Cloitrée entre ces murs
Vous avez même fermé les tentures
Pas même un rayon du soleil
ne parvient à pénétrer
Et il serait bien criminel
De vous laisser ainsi sombrer

Louise

Mais Manon,
Je n’ai pas le cœur
à me pavaner
dans ce bas monde

Manon

Et c’est bien le malheur
Vous restez enfermée
à vous morfondre

Louise

Je suis très bien chez moi !

Manon

Mais comment en si peu de mois
Philippe  vous a –t-il mise dans un tel état ?


Louise

Je ne suis pas surprise
Ce n’est pas une méprise
Je ne m’attendais pas à mieux
J’ai toujours su en lisant dans ses yeux
Que je n’étais qu’un de ses trophées
Qui une fois exposé
Perdrait pour lui
tout intérêt
Oui Tout cela,
je le savais
Mais que choisir entre
Malheureuse et souillée par un vieux marquis malsain
Malheureuse et humiliée par un jeune marquis adultérin
Malheureuse et emmurée dans le couvent des Augustins
J’ai repensé aux aveux de mon père
Me révélant ses pertes financières
Est revenu également à ma mémoire
Tout ce qui a jalonné notre histoire
Nos moments de joie, de peine ne peuvent que mettre en lumière
Combien il  fût exemplaire
Il fut tantôt mon père
Il fut tantôt ma mère
Je ne dois jamais oublier
Son affection et sa générosité
Non,
Voyez-vous Manon
La décision me fût facile à prendre
Il m’a tant donné, c’est à mon tour de rendre
Nous n’avons plus chacun autant de temps
Je suis si jeune,
Il est si vieux,
Il est urgent
Que je lui donne
ce que je peux
dès maintenant
Il bien mérité
De vivre ses dernières années
En toute sérénité
Mon bonheur attendra un moment

Manon

Louise
je vous comprends très bien
Mais serait-il heureux
et serait-il serein
S’il apprenait le prix
Que vous avez payé
Pour qu’il finisse sa vie
Dans la prospérité.
Charles Ligeac de Vigonde
Un ami de mon frère
Nous revient du nouveau monde
Où il a fait la guerre
Il a risqué sa vie
auprès de Lafayette
Repoussant l’ennemi
A coups de baïonnettes
Et c’est couvert de gloire
Qu’il revient au pays
Pour embrasser ses parents
Et étreindre ses amis
Nous sommes très honorés
Car nous faisons partie
De ces privilégiés
Qu’il tient à voir jeudi
Louise,
Je viens vous inviter
Et souhaite plus que tout
Qu’enfin vous acceptiez
De sortir de chez vous
Il vous faut vous distraire
Vous changer les idées
Ecoutez son récit
Vous fera voyager

Louise

Je ne sais pas …

Manon

Allez Louise
Dites-moi «oui»
Je vous en prie

Louise

Je ne sais plus

Manon

Allez Louise
Quelle merveilleuse soirée
D’avance j’en jubile
Je viendrai vous chercher
Cela vous convient-il ?

Louise

Soit !
Ainsi soit-il !

Manon

Ainsi soit-il !

Scène 3 – Réception chez les Monteront

Les invités arrivent à la réception des Monteront

Invité Homme 1

Mes hommages
Madame la Marquise

Invitée Femme 1

Bonsoir cher ami

Invité Homme 1

On dit que votre mari est souffrant

Invitée Femme 1

Rien de bien grave
Il nous enterrera tous

Invité Homme 2

Cher Albert
Content de vous revoir

Invité Homme 1

Ah, ah, ah
J’aime mieux cela

Invité Homme 3

Mon cher Comte

Invité Homme 1

et je vais de ce pas
Rassurer mon épouse

Invité Homme 2

J’ai organisé une chasse
Pour dimanche prochain
Serez-vous des nôtres ?

Invité Homme 3

Avec joie

Invitée Femme 1

Je viens avec vous.
Je vais la saluer

Invité Homme 3

Qui nous accompagnera ? 


Invité Homme 1

Je vous en prie
Venez par-là,
Elle est assise avec Mademoiselle de La Vilière

Invité Homme 2

Il y aura,
Monsieur de Valloise
Monsieur de Dercourt

Emilien

Mesdames,
Messieurs,
Voici
Charles Ligeac de Vigonde
qui nous revient du Nouveau Monde
C’est un honneur pour nous
Que de fêter chez nous
Sa promotion de Capitaine de Dragon

Les convives invite le marquis Charles de Ligeac de Vigonde, nouvellement promu Capitaine des Dragons (d’où l’objet de cette réception),
à raconter ses exploits militaires.

Le chœur

Charles
Parlez-nous
De votre campagne
Racontez-nous
Tous vos faits d’armes
Faites-nous naviguer
Traversons l’Atlantique
Faites-nous fantasmer 
Libérons l’Amérique
Oh mes amis
Cessons les bruits
Soyons tout ouïe

Intervenant 1

Relatez-nous toute la bataille de Yorktown

Intervenant 4

Et parlez-nous de Lafayette, de Washington

Intervenante 1

Et des Peaux Rouges
Ont-ils vraiment la peau rouge ?

Intervenant 2

Ou se couvrent-ils du sang de leurs victimes ?   

Intervenant 1 

On dit qu’ils les scalpent

Intervenante 2

Et qu’ils leur dévorent le cœur

Emilien

Allons, allons mes amis,
Si nous voulons entendre Charles
Narrer le récit de ses batailles
dans les moindres détails
Il ne faut pas que sa mémoire défaille
Et pour cela j’ai un secret
Empêcher que la faim ne le tenaille
Escortons le jusqu’au buffet
Où l’attendent les victuailles
Et il pourra se restaurer
Tandis que nous boirons à sa santé
Et une fois rassasié
Il nous contera son épopée

Les chœurs

Allons boire à la santé
Du capitaine des Dragons
Et très vite revenons
Ecouter son épopée

(bis)

Emilien

Mais que vois-je à l’horizon ?
Ne serait-ce pas Manon ?
Elle vient dans notre direction
Charles,
Elle est en compagnie
de son amie 
Louise
L’exquise
Marquise
Baguy de Puyvallée
Que je vais vous présenter

Elles viennent à leur rencontre
 

Manon

Bonsoir Charles
Heureuse de vous revoir



Charles

Bonsoir Manon

Manon

Voici Louise
Ma très chère amie

Louise

Bonsoir Capitaine

Charles

Bonsoir Madame

Emilien

Charles ?
Charles ?
Revenez parmi nous
Où étiez–vous ?
Vous sembliez soudain
Si loin de nous 
Aviez-vous retraversé l’Atlantique ?
C’est le moment de nous décrire cette Amérique.

Le chœur

Charles
Parlez-nous
De votre campagne
Racontez-nous
Tous vos faits d’armes
Faites-nous naviguer
Traversons l’Atlantique
Faites-nous fantasmer 
Libérons l’Amérique
Oh mes amis
Cessons les bruits
Soyons tout ouïe

Scène 4 – Charles

Charles

Mes amis, mes amis, mes amis.
Pour cette chaleureuse soirée
Que vous m’avez consacrée
Merci, mes amis, merci.
Mais de grâce,  je vous prie.
En héros de ne point me porter
Célébrons plutôt notre amitié
Et le bonheur d’être à nouveau tous réunis
Certes j’ai pris du galon
Et gagné quelques médailles
Mais je pense encore à mes compagnons
Restés sur le champ de bataille
Voilà pourquoi je ne tiens pas ce soir,
Au risque de bien vous décevoir
A évoquer la guerre
Assis dans un salon
Armé d’une cuillère
Quant à l’héroïsme, voici mon opinion :
Tous avons courage et détermination
Mais l’élément déterminant
Qui fait toute la différence
Appelons le plus communément
La chance
Car :
Pour quelques mètres,
Que vous vous trouviez ici, ou bien là
vous passez de vie à trépas
Si vous êtes où il ne faut pas
Vous êtes celui qui ne revient pas
Pour quelques mètres
Pour quelques mètres
Pour quelques mètres
Votre courage ne changera en rien
Ce qu’aura décidé votre destin
Vous entendrez siffler les balles
Où les prendrez en plein poitrail
Pour quelques mètres
Pour quelques mètres
Pour quelques mètres

Emilien

Allons mes amis
Allons, revenons je vous en prie
à plus de légèreté
Et buvons à la santé
de notre ami retrouvé
Comme Charles le fait remarquer
Armons nous de nos cuillères
Et allons tous attaquer
Tous attaquer les desserts

Choeurs

Armons nous de nos cuillères
Et attaquons les desserts
Puis buvons à la santé
De notre ami retrouvé
(Bis)

Scène 5 – Charles et Louise

Louise s’isole sur un balcon pour prendre un peu d’air frais.
Elle y est rejoint par un heureux hasard,  par Charles.
L’abandon  et le désamour dans lequel la plonge son mari et la lumière de Charles la déculpabilisent et finissent par avoir raison de sa résistance de « femme intègre»
Elle finit par accepter les supplications de Charles qui voudrait la revoir.
Ainsi va naitre leur liaison secrète

Louise


Bonsoir capitaine,

Charles

Bonsoir Madame la Marquise, 
Je vous en prie,
Appelez-moi Charles

Louise

Point de Marquise
Appelez-moi Louise

Charles

Louise,

Louise

Je tenais à vous féliciter
D’avoir exprimé de si nobles pensées

Charles


Merci Louise,
C’était sincère
Je ne sais pas mentir
Et je ne sais pas taire
Mes sentiments profonds
Au risque de déplaire
Mais de déplaire à qui ?
C’est toute la question
Est-ce à nos vrais amis
Ou à ceux qui en ont l’air
Ce soir 
On m’a fêté en héros,
En homme de courage
Affrontant l’ennemi,
Bravant tous les dangers, 
Sans jamais reculer
Mais j’étais sans mérite
Car ma vie à mes yeux
N‘avait pas de valeur
Je n’avais aucune attache
Et ma seule raison de vivre
Etait de mourir
Pour le Roi
Et si je me suis toujours battu pour lui
Mon cœur, lui  
N’a jamais  battu pour personne
Jusqu’à ce soir
Dès que nos regards se sont croisés
Mon cœur s’est soudain emballé
Il s’est mis à battre si fort
Que j’ai cru
que tout l’entourage
Avait entendu
le message
Dont j’étais le seul destinataire
Comme un tambour de ville
Avisant le village
De mes émotions les plus intimes
Je ne sais pas mentir
Et je ne sais pas taire
Mes sentiments profonds
Au risque de vous déplaire
Mais pourtant Louise
Il faut que je vous dise
Je suis troublé par votre présence
Et je ne peux en nier l’évidence
Je n’en ai pas le droit
Mais je vous aime déjà
Louise, vous rougissez,
Veuillez pardonner
Mon indélicatesse

Louise

Vous me flattez
Je suis gênée
Je suis troublée
je suis mariée

(s’adressant au public)

Quel est
Ce sentiment étrange
Qui m’envahit
Soudainement
Un sentiment,
Qui m’était  inconnu
Jusqu’à présent
Et qui me bouleverse …
Mon cœur n’est plus que flammes
Et brûle ma raison
Je n’ai plus d’état d’âme
Je suis dans l’abandon


(s’adressant à Charles)

Je dois me l’avouer
Je dois vous l’avouer
Dès que nos regards se sont croisés
Mon cœur s’est soudain emballé
Il s’est mis à battre si fort
Que j’ai cru
que tout l’entourage
Avait entendu
Le message
Dont j’étais la seule destinataire   
Je suis troublé par votre présence
Et je ne peux en nier l’évidence

Charles

Louise,

Louise

Je ne sais plus,

Charles

Louise,

Louise

Tout est confus,

Charles

Louise,

Louise

Je suis perdue

Emilien (au loin)

Charles,

Charles

Je crois que nos amis m’appellent
Nous devons les rejoindre
Promettez moi de nous revoir,

Louise

Je ne sais pas

Charles

Je vais vivre dans cet espoir,
Je vous donnerai
Un rendez-vous secret

Louise

Oui,
Je viendrai,

Scène 6 – La partie de Brelan

Philippe

il me semble voir perler sur votre front,
Mon Cher marquis
Quelques gouttes de sueur
Rassurez-moi, 
vous n’avez pas
un problème de cœur
Vous n’allez pas
faire un malaise
Je ne voudrais pas
que sur moi pèse
Un grand malheur

Noayes

Rassurez-vous mon cher ami
Je suis bien en vie
Et vous le prouve car je renvie
de dix jetons

Jean Baptiste

Sans moi, messieurs
Je passe

Philippe

Je renvie à mon tour
Vos dix plus vingt
Mais cher marquis
Si vous n’avez pas de problème au cœur
Sur votre front, cette sueur,
Ne traduit-elle pas  la peur.

Noayes (au public)

Cet effronté, ce prétentieux
Va le payer très cher
J’en mets ma main au feu
Je vais lui faire ravaler
son sourire arrogant
Qui lui donne toujours l’air
De vous prendre pour un imbécile
Mais je tiens ma vengeance
C’est presque trop facile

Noayes (à Philippe)

Non, sur mon front,
ces quelques gouttes de sueur
Ne traduisent pas ma peur
Si ce n’est celle 
de perdre votre amitié
Car sur ce coup, je vais vous dépouiller
Vos vingt  plus trente

Philippe (au public)


Ce que Noayes ignore
Est que je l’ai à l’œil
Et  particulièrement
Le droit
Dont la paupière bat
Au rythme de son cœur
lorsqu’il croit qu’il me leurre
La vérité clignote
J’ai l’As de Trèfle et la dame est à la tourne
Ca me fait déjà vingt et un points

Philippe (à Noayes)

Allez je tiens,
Voici vos trente
Voyons un peu nos jeux
Vous tenez les cœurs
Vous aviez raison, le vôtre est à son meilleur
Donc vingt points chez vous
plus dix
que vous prenez chez Baptiste
Votre total est de trente points
Pour ma part, ce sont les trèfles que je tiens
Avec l’As et la dame de la tourne
Cela me fait vingt et un points
Et je rajoute
Les huit et dix
De chez Baptiste 
Je gagne donc ce coup
Par quarante et un à  trente
Merci Messieurs

Scène 7 – Mon amour , mon secret

Louise

Mon amour
Mon soleil
J’ai besoin de ta lumière
Tu as réchauffé mon cœur
Et ravivé mes couleurs
Sans toi gronde le tonnerre
Et les éclairs
Me brûlent les yeux 
Je ne veux plus te quitter
Garde moi à tes côtés
Pour toujours

Charles

Mon amour
Mon secret
Je ne veux pas te mentir
Mais je n’ai rien à t’offrir
Je ne suis qu’un soldat
Un homme sans avenir
Je serai souvent absent

Louise

Mon amour

Charles

Tu seras seule

Louise

Mon soleil

Charles

Comme jusqu’à présent

Louise

Comme je t’aime

Charles

Je ne  me sens pas le droit

Louise

Plus rien
n’est pareil

Charles

De t’aimer, il ne faut pas


Louise

Mon amour

Charles

Je suis un officier
Et me suis engagé
A servir ma patrie
Je sillonne les mers
Traverse les océans
Au péril de ma vie
Et quand je dois partir
Jamais je ne sais quand
Jamais je ne sais jamais si
je vais revenir
Je ne  me sens pas le droit
De t’aimer, il ne faut pas
Il ne faut pas
Il ne faut pas
Mais c’est plus fort que moi

Charles & Louise

Le cœur a ses raisons
que la raison
ne connait point

Acte III

Scène 1 – La mort de Villefort


Louise est au chevet de son père. Le lit est au milieu d’une ronde de visiteurs.
(amis, famille, relation)

Villefort

Louise,

Louise

Père,

Villefort

Approchez- vous que je vous voie

Louise

Je suis là,

Villefort

Mais vous pleurez, il ne faut pas

Louise

Je vous aime tant

Villefort

Aurais-je  omis, en tant que père
De dire une grande vérité
Notre présence  sur la terre
N’est que de courte durée

Louise

Oh,
Vous vous moquez de moi

Villefort

Louise,
Je suis vieux et je suis fatigué
J’ai bien peur d’être arrivé
Au bout de mon chemin
Et crains,
De ne pouvoir aller plus loin

Louise

Mais père,
Cette fatigue
est surement passagère
Vous êtes solide
Comme peut  l’être un chêne

Villefort

Oh, un chêne
Qui sentirait tout de même
l’odeur du sapin

Louise

Je vois que vous avez le cœur à l’ironie
Vous m’en voyez réjouie

Villefort

Louise,
La sagesse d’écouter
Mes conseils avisés
Vous a placée à présent
A l’abri du besoin
Pour moi, l’heure vient de sonner
Pour rejoindre votre mère
Et  je vais quitter cette terre
En toute sérénité
Je voulais une dernière fois  
Admirer  votre visage
Et vous serrer dans mes bras
Avant de m’envoler
là-haut  vers  les nuages
Ma fille adorée
A présent je suis prêt

Louise

Prenez ma main
Et serrez-la très fort

Villefort

Je ne vous entends plus bien

Louise

Allons-nous promener
Sur ces chemins du passé
Où hier encore
Je prenais votre main
Et la serrais très fort

Villefort

Je ne vous entends plus

Louise


Père !!!

Scène 2 – L’enjeu

Philippe perd une fortune au « Brelan». Il doit déjà plus que ce qu’il possède sur la table.
Philippe espère remporter la mise, mais il n’a plus assez d’argent pour relancer la mise, et la règle lui interdit de se re-caver pendant le coup. Pourtant il est sûr de l’emporter.
Il demande une dérogation à cette règle, mais elle lui ai refuser par de Noyaes.
Ce dernier tient  l’occasion enfin de l’humilier
et d’assouvir sa soif de possession de Louise.
Il lui propose en guise d’enjeu  de miser une nuit d’amour avec sa femme Louise.
Philippe est sûr de lui. Il accepte et perd. Il signe une reconnaissance de dette et demande 24h pour préparer psychologiquement Louise.

Henri

Messieurs je passe,
Vos mises atteignent les neiges éternelles.
Et je ne peux plus suivre. 

Jean Baptiste

Eh bien pour moi, il en est de même,
Bien qu’à cette altitude il manque d’oxygène
Mon cerveau est assez en éveil
Pour m’éviter, demain, un douloureux réveil.

Noayes

Quant à moi, mon cher Philippe
Je renvie de cinquante jetons
Votre va tout
Vous devriez passer

Philippe

Mais pas du tout
Mon cher ami
je vais gagner cette partie
Cela étant
Cinquante jetons est une mise de mendiant
Mon jeu vaut plus que cela
Mais je n’ai pas le droit
De me recaver pendant le coup
Cependant,
Si vous êtes  joueur
Vous ne devriez pas avoir peur
De m’accorder
Cette exception  
Sauf si vous pensez
Votre jeu inférieur

Noayes

Quant à moi, mon cher Philippe
Je renvie de cinquante jetons
Votre va tout
Vous devriez passer

Philippe

Peut être ? 

Noayes

Que vous acceptiez
De me signer un papier

Philippe

Un papier ?

Noayes

Un papier
Me donnant accès
A un trésor,
Que vous possédez
Et qui me comblerait
Plus que toutes ces pièces d’or
Ce trésor
Devra m’être cédé
Sans hésiter
Si vous perdez

Philippe

Ce trésor,
Je vous le cèderai
Sans hésiter
Si vous gagnez
Tout ce que vous voudrez
Je suis votre obligé
Mais de grâce
Que dois-je rédiger
Sur ce maudit papier
Qui pour moi
Restera sans danger
Oui j’en suis persuadé
Car la victoire ne saurait m’échapper
Aussi
Quel que soit l’enjeu que vous me proposiez
Je suis prêt à m’y plier

Noayes

Deux raisons me font accepter ce marché
La première est celle de profiter
De ce cadeau inespéré
Dont je n’ai cessé de rêver
Depuis que je l’ai rencontré
Je suis ensorcelé
par sa beauté,
Moi qui depuis si longtemps
Refrène ce désir
Je ne peux un instant
Refuser ce présent
Que vous venez m’offrir
Deux raisons me font accepter ce marché
La deuxième,
Est celle de pouvoir enfin
Vous donner
La leçon
Que depuis bien longtemps
Vous méritez

Philippe 

Ah, ah, ah !
Très bien mon cher Marquis
Ma plume tremble d’impatience
Dictez, je suis tout ouïe

Noayes

Je, soussigné,
Philippe Baguy de Puyvallées
Consent, en paiement
Pour solde de tout compte
A offrir
A François Xavier de Noayes
Dont je suis le débiteur
Pour une nuit entière
De plaisir de la chair
Louise
Mon exquise
Marquise
Baguy de Puyvallées
Vous  datez, vous signez

Philippe 

A présent que vous vous êtes dévoilé
Et que vous avez au grand jour, étalé
Vos fantasmes les plus secrets
Nous verrons bien qui sera le plus humilié

Noayes

C’est vous qui l’avez cherché
Souhaitez-vous toujours signer ?

Philippe

Voilà qui est fait !

Noayes

Pour oser, sans sourciller
Miser un tel enjeu
Il vous faut un très fort jeu
Que vous allez nous montrer

Philippe

Un brelan de neuf

Noayes

C’est en effet un très beau jeu
Vous avez bien fait d’essayer
Mais je suis désolé
Vous êtes bien malheureux
Car je dois vous annoncer
Que vous perdez
Voici mon brelan de Valets

Philippe

Un brelan de valets !
Ce n’est pas possible !!
Trois valets
Je suis terrassé

Scène 3 – Manon dort chez Louise


Louise est dans sa chambre, accompagnée de son amie Manon

Louise
Merci Manon
De bien vouloir
Dormir ici
Ce soir
Pour traverser ce moment
Si troublé de ma vie
J’ai besoin
Du soutien
De mon amie

Manon
Inutile
de me remercier.
Pour moi
De même vous auriez fait
Je sens mes yeux piquetés
Et la fatigue me gagner
Mais pour vous
Ca doit être pareil
Vous devez être
En dette de sommeil

Louise
Il est vrai que mes nuits sont agitées
Traversées d’une tempête émotionnelle
Le chagrin :
Le décès de mon père adoré
L’amour :
La rencontre de cet être exceptionnel
La  mélancolie :
Mon quotidien de plus en plus difficile à accepter
Vous avez raison, Manon
Demain sera un nouveau jour
Allons nous reposer

Manon
Bonne nuit

Louise
Bonne nuit

Scène 4 – Charles annonce à Louise son départ

Manon sort de la pièce, alors que Jeanne y entre pour annoncer
la visite impromptue de Charles

Jeanne

Madame, le Capitaine de Vigonde veut voir Madame
Il dit que le moment est d’importance

Louise

Charles ?
Oh mon Dieu …
Le moment est d’importance  …
Faites le entrer

Charles

Mon amour
Pardonnez ma visite si tardive
Mais le moment est d’importance

Louise

Est d’importance ?

Charles

Je suis app’lé de toute urgence
A Versailles
J’en ignore les raisons
Mais ça doit être grave
Je dois partir à cet instant

Louise

Mon Amour

Charles

A peine vous ai-je fait part de mes craintes
Le moment tant redouté
Devant nous s’est présenté

Louise

Mon Amour

Charles

Je vous écrirai en arrivant
Soyez en  assurée
Jamais, vous ne quitterez mes pensées
Je vous le promets

Louise

Mon Amour

Charles

Je chercherai la voie
Pour vous sortir de votre désarroi
Une route, un chemin, un sentier
Je finirai par la trouver
Alors, je viendrai vous chercher
Attendez-moi

Louise

Mon Amour

Jeanne

Madame !
Monsieur est de retour !

Louise (s’adressant à Charles)

Ciel !
Cachez vous vite derrière ses tentures

Scène 5 – Le meurtre

Entrée de Philippe dans la chambre de Louise

Philippe

J’ai tout perdu
Et plus encore
Mais suis-je à blâmer
Ai-je vraiment eu tort
Je le crie haut et fort
Certainement pas
C’est un sort
Qui m’a vaincu
Noayes n’y est pour rien
J’en reste convaincu
N’importe quel joueur
Avec mes cartes en main
Se serait vu vainqueur
Ce coup était imperdable
La mise, une formalité,
Que j’ai  posée sur la table
Sans une seconde m’inquiéter
Mais
J’ai tout perdu
Et plus encore
Maudit brelan
Nom  d’un jeu de vingt huit cartes
Et sa combinaison gagnante
Trois cartes de même valeur
Mais c’est un leurre
On ne voit jamais 
Ce triplé magique
Bien fantomatique
Pendant des nuits,
Des centaines de parties
J’ai essayé
Sans jamais les réunir
Mais je gagnais
En ne cessant de mentir
Pierre de Fermat
Père de la théorie des probabilités
Nous a permis de calculer
Les chances de pouvoir tirer
Dans ce jeu infantile
Ce brelan impossible
Huit chances sur mille
Huit chances sur mille
Et cette nuit 
Nul besoin de bluff
J’ai tiré trois Neuf
Huit chances sur mille
J’ai poussé plus loin
Mes calculs savants
Estimant les chances de voir
Deux brelans,
En même temps
Pour un tirage
Sept chances sur dix mille
Et pourtant c’est ce qu’il advint
Noayes toucha aussi le sien
Un beau brelan de valets
Je laisse donc imaginer
Les chances d’avoir sur un même coup
Chacun son brelan
Dont l’un est forcément
Plus fort
C’est  une chance vraiment infime
Bien inférieure à sept chances sur dix mille
Peu calculable
Si improbable
Noayes  n’y est pour rien
Le seul capable
De me briser de cette manière
N’est pas sur terre
N’est pas humain
J’y vois  la main
Du Diable
J’ai tout perdu
Ma fortune
Ma dignité
il me reste mon honneur  
Et Louise
Vous faites partie de la mise
Que ce soir j’ai engagée
Vous aussi devrez payer

Louise

Mais enfin de quoi parlez-vous ?

Philippe

Avec une chance sur dix mille
J’ai appâté l’imbécile
Et j’ai perdu c’est inouï
Et vous devez une nuit
Des plaisirs de la chair
A ce vieux pervers
Cette canaille
Le marquis De Noayes

Louise

Elle se retourne de son tabouret, elle est dos à sa coiffeuse.
Tout en revendiquant, elle se lève et fait face à Philippe

Comment !!!
Vous n’y pensez-pas !
Qui croyez-vous être
Pour disposer ainsi de moi
je ne suis pas votre objet
Et encore moins une monnaie
Vous ne m’obligerez pas


Philippe

Il tend ses bras autour des épaules  de Louise, sans la toucher

Vous êtes ma femme
Vous m’appartenez
Et vous m’obéirez

Louise

C’est mal me connaître

Philippe (il s’empare de Louise et la secoue violemment)

Il suffit maintenant
Vous vous plierez
A ma volonté

Louise
(Elle attrape dans son dos, la paire de ciseaux qui se trouve sur sa coiffeuse)

Lâchez moi !!

Et d’un coup réflexe elle plante la lame dans la carotide de Philippe, qui s’écroule

Au secours !!!!
Qu’ai-je fais ???       

Scène 6 – Et maintenant !

Philippe sort de sa cachette. Il envoie aussitôt Jeanne chercher Manon
Tous les trois sont accroupis au-dessus du cadavre

de Philippe et cherche une solution …

Charles

Louise,
Qu’avez-vous fait !

Louise

Oh Charles,
Sauvez moi
Je l’ai tué
Tout est allé si vite
Il m’a mise hors de moi
M’a violenté
Je me suis défendu
Je n’ai pas pu
Me contrôler
Il a fait de moi
Une meurtrière
Je vais périr en enfer
Je l’ai bien mérité

Charles

 Louise,
Calmez-vous
Je vous en prie
Jeanne !!!
Allez chercher Madame de Montéront

Louise

Que va – t-il advenir de moi ?
Ma vie est finie

Manon

Oh mon Dieu !
Que s’est-il passé ?

Louise

Oh Manon !
Je l’ai assassiné

Charles

Il nous faut reprendre nos esprits

Louise

Appeler les gendarmes
Je vais tout avouer

Manon

Mais Louise, vous n’y pensez-pas ?
Vous confessez cela,
Et  c’est l’échafaud auquel vous aurez droit
Mais non
Nous allons trouver
Une solution
Qui vous épargne
J’ai des amis en Espagne
Nous allons vous y cacher

Louise

Mon amour,
Plutôt mourir
Que de vivre sans vous

Charles

Mon amour,
Portons le dans la forêt
Je me dénoncerai
Dès demain
Il est des gens que je connais
Qui me serviront
De témoins
Nous plaiderons le duel
Et ce sera sans appel

Manon
Mais Charles
Vous serez chassé de l’armée
Dégradé, condamné
En prison, vous finirez

Louise
Mon amour,

Charles

Mon secret

Louise


Plutôt mourir,

Charles

Mon Amour

Louise

Que de vivre sans vous

Manon

Je vous en prie
Réfléchissons encore

Charles

Ou alors …

Louise  et Manon

Ou alors ?

Charles

Si nous résumons
La situation
Ce soir Philippe est  rentré
ruiné, 
Déshonoré
Et humilié
Il sera très aisé
de comprendre son geste
Il se sera suicidé
Il en a tous les prétextes

Louise

Suicidé ?

Manon

Suicidé !
Voilà une brillante idée

Louise

Suicidé ?

Manon

Suicidé !
Louise, Charles vient de vous sauver

Louise

Suicidé !

Manon

Suicidé !
Allons habilement maquiller
Ce mort en suicidé

Scène 7 – Noayes vient encaisser sa reconnaissance de dettes

Le Comte François Xavier de Noayes vient rendre visite à Louise
pour lui présenter ses condoléances.
Il l’informe qu’il n’est pas dupe concernant le suicide de Philippe.
Il a en sa possession la reconnaissance de dette de ce dernier et si Louise n’honore pas cette dette, comme elle était prévue d’être  payée,

il fournira ce papier à la cours d’assise.

Noayes

Bonjour Louise,

Louise

Monsieur de Noayes

Noayes

Trois raisons motivent ma présence
La première :
Vous présenter mes condoléances
Concernant le décès de votre père
N’ayant pu me rendre à son enterrement
je le fais bien tardivement
La deuxième :
Vous présenter mes condoléances
Concernant le décès tragique
De votre jeune époux
Dans des circonstances
Qui me laissent bien sceptique

Louise

Qu’êtes-vous en train d’insinuer ?

Noayes

Nous en reparlerons plus tard
Car nous aurons bientôt
L’occasion de nous revoir

Louise

Vraiment ?

Noayes

C’est le troisième objet de ma visite
Nous devons convenir d’un rendez-vous

Louise

Un rendez-vous
vous et moi, moi et vous ?

Noayes

Si vous voulez que je vous remette
Cette reconnaissance de dette
Il faut vous en acquitter

Louise

M’en acquitter ?

Noayes


Vous acquitter
de la dette contractée
Par feu votre mari
Le gage est consigné
Sur ce papier
Lisez,
tout est écrit

Louise

Je ne vois pas pourquoi
je serais concernée
par un engagement
que je n’ai pris moi-même
cette dette n’est pas mienne
voici votre papier

Noayes

Fort bien chère Marquise
Puisque vous le prenez si mal
J’irai au tribunal
Nous verrons ce qu’ils en disent

Louise

Du chantage à présent
vous ne me faites pas peur
en plus d’être repoussant
vous êtes sans scrupule
ainsi
votre laideur
est aussi
intérieure
je vous prie maintenant
de me laisser en paix
de partir sur le champ
pour ne revenir jamais

Noayes

Ce que vous exprimez
Explique parfaitement
La raison de votre dispute fatale
Que jugera le tribunal.
Je ne crois pas une seconde
En son suicide
Et je prouverai
le mobile de son assassinat
en livrant à la cour
ce papier que j’ai là.

Louise

Ce papier prouve son engagement
Mais non le mien
De cette ignoble manigance
je viens de prendre connaissance
j’en suis profondément humiliée
et meurtrie
Je vous en prie,
Monsieur
Partez

Scène 8 – la colère de Louise

Louise exprime sa honte et sa colère dans une aria

Ah ah ah ah ah ah ah
ah ah ah ah ah ah ah
Il me faut rester sereine

Ah ah ah ah ah ah ah
ah ah ah ah ah ah ah
je dois oublier  ma haine

Mais quand je pense
à quoi j’ai échappé
J’ai la nausée
des frissons
des suées
et des palpitations
Rien que d’y penser
ma colère je ne peux refreiner

Ah ah ah ah ah ah ah
ah ah ah ah ah ah ah
Tranquille est ma conscience

Ah ah ah ah ah ah ah
ah ah ah ah ah ah ah
légitime fut ma défense
Si je ne l’eusse assassiné
Le déshonneur m’aurait tuée

Scène 9 – Epilogue

Charles propose à Louise de recommencer leur vie à zéro dans le nouveau monde

Louise


Charles ?

Charles

Mon Amour,

Louise

Est-ce un mirage ?
Une hallucination ?
Est-ce un rêve éveillé ?

Charles

Non, c’est bien moi
J’ai trop pensé
A vous
 je reviens,
vous chercher
Je vous avais promis
lorsque je suis parti
que jamais
vous ne quitteriez mes pensées
et que :
Je chercherai  la voie
Pour vous sortir de votre désarroi
Une route, un chemin, un sentier
Je finirai par la trouver
Alors, je viendrai vous chercher
J’ai bien réfléchi
à une autre vie
pour vous et pour moi
et je suis parti
laissant mes amis
l’Armée et le Roi
sans aucun regret
puisque désormais
Ma raison de vivre
est au vos côtés
si vous acceptez
Louise, de me suivre

Louise

Mon amour,
mon soleil
n’importe où je vous suivrai
ensemble il nous faut rester

Charles

Loin d’ici,
nous allons partir
Loin d’ici
pour  tout reconstruire
loin d’ici
Au-delà des mers
de nouvelles terres
sont à conquérir
Fuyons à jamais
les fantômes du passé

Louise

Loin d’ici
je vous suis,

Charles

Vivons le présent
Le bonheur nous attend
au bout de l’océan
ce sera magnifique
De vivre en Amérique

Louise et Charles

Partons dès demain
vers notre destin
le bonheur nous attend